Partie 1 - Une affaire d’état ?
L’affaire Si Salah commençait.
La première rencontre eut lieu en début de soirée, le 28 mars 1960, à la préfecture de Médéa.
La petite ville était noyée dans une brume épaisse descendue de la montagne. Il faisait froid et humide. De toute la journée le soleil n’avait réussi à percer la grisaille du ciel et à 19 heures le ciel était si bas, si lourd, le brouillard si dense que la nuit semblait être tombée depuis longtemps sur cette journée qui malgré la date n’avait rien de printanier.
A l’heure prévue, tels des fantômes sortis de l’ombre cotonneuse, trois hommes en burnous gris pénétrèrent dans le jardin de la préfecture et franchirent la porte latérale du bâtiment officiel désert où les attendait le préfet Cayssa.
Celui-ci les conduisit jusqu’à un bureau du premier étage et se retira.
Face à face se retrouvaient pour la première fois depuis le début de la guerre d’Algérie trois représentants des combattants les plus durs de la rébellion algérienne et deux des plus proches collaborateurs du général de Gaulle et de Michel Debré.
Il y eut un instant de gêne,
Chacun restait immobile. Sur la défensive. Puis Bernard Tricot et le colonel Mathon s’avancèrent et se présentèrent. A l’énoncé de leurs titres de représentants des deux plus hautes autorités françaises - le Président de la République et le Premier Ministre - les visages des trois hommes s’éclairèrent. Ils se dégagèrent de leurs burnous.
<< Nous sommes parmi les principaux dirigeants de la willaya 4, dit l’un d’eux, un homme mince, le visage fin et ouvert. J’en suis le responsable politique et voici un membre du conseil de willaya et le responsable local du F.L.N. pour la ville de Médéa. Nos noms n’ont pas d’importance. Nous les échangerons plus tard. >
<< Vous n’avez pas eu de difficultés pour parvenir jusqu’à nous ? > interrogea Mathon.
<< Non, les promesses ont été tenues. Nous n’avons vu personne. >
Les deux émissaires français ne pouvaient s’empêcher de penser à l’accueil que l’on fait au début d’un week-end à quelques invités peu familiers. Questions sans importance sur le temps et l’état de la route, histoire de briser la glace et d’échanger quelques mots.
<< Nous n’avons rencontré ni militaire ni patrouille, rechérit le responsable local. Tout s’est passé comme nous l’a dit le cadi. Très simplement. >
Mais pour que tout se déroule "très simplement" il avait fallu mettre Ie général Roy, commandant la zone de Médéa, dans la confidence ! Delouwier, Challe et Jaquin, les trois seuls hommes qui à Alger soient au courant de la mission extraordinaire avaient rassuré Tricot à son propos.
<< Le général Roy est un homme très droit, très intelligent, très fin politiquement. Il comprendra et fera en sorte qu’aucun chef d’unité ne déclenche une opération malheureuse. >
Il suffisait en effet du zèle intempestif d’un sous-lieutenant à la tête d’une patrouille pour tuer ou arrêter les envoyés du F.L.N. et mettre fin à tous les espoirs de paix !
Challe avait donc recommandé à Roy de suspendre toutes les opérations dans son secteur puis les envoyés de Paris avaient mis au point avec le commandant de Médéa un itinéraire que les émissaires du FLN pourraient emprunter en toute sécurité ... "
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