Partie 1 - Une affaire d’état ?

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Tout avait commencé cinq mois plus tôt.

Dans les premiers jours de janvier 1960 les services d’écoute radio du capitaine Heux, chargé au B.E.L. (Bureau d’Etudes et Liaisons) des renseignements concernant la willaya 4, avaient intercepté une série de messages échangés par le colonel Si Salah, chef de l’Algérois, et l’Etat Major d’Oujda commandé par le colonel Boumediene.

Ils étaient singulièrement instructifs. Heux savait que le plan Challe avait fait la vie dure aux survivants de la willaya, mais il ne pensait pas que le moral soit tombé aussi bas. Dans son message Si Salah exprimait en termes d’une rare violence le désarroi, le désespoir et la fureur de ses hommes. Le recrutement local était devenu impossible et, ni les armes, ni les munitions, ni les renforts promis par l’Extérieur n’arrivaient jusqu’au cœur de l’Algérie.
En fait Si Salah "engueulait" littéralement son chef d’Etat-Major.

<< Vous ne foutez rien, disait-il. Vous vous prélassez à I’Extérieur. Mais méfiez-vous. Les maquis sont las et écœurés. De Gaulle propose la Paix des Braves, l’égalité complète pour tous. Nous, c’est ce que nous demandons. L’égalité, c’est le but auquel depuis toujours nous aspirons. Si vous ne nous fournissez pas les moyens de faire la guerre nous accepterons cette proposition. On ne peut rien demander d’autre. >

L’Etat-Major d’Oujda semblait suffoqué. Croyant à une manœuvre d’intoxication des Services Français, il avait demandé la répétition du message accompagné de chiffres d’identification prouvant l’authenticité de l’origine. Si Salah avait donné toutes les précisions voulues et avait envoyé un deuxième message encore plus virulent.

Heux transmit ces informations à son patron. Le colonel Jaquin avait tout de suite senti que cette fois il y avait un espoir d’aller au-delà d’une simple opération d’intoxication. Jaquin savait la valeur du chef de la willaya 4. Qu’un homme aussi sérieux, aussi mesuré, aussi estimé de ses troupes que Si Salah prenne de pareils risques et se révolte ouvertement contre ses chefs de l’Extérieur valait qu’on s’en occupe sérieusement. Il fallait absolument établir la liaison.

Heux fut chargé de la mission. Un vieux cheikh faisant fonction de cadi à Médéa servit d’intermédiaire.

Oh, ce ne fut pas facile !

Apparemment le cadi jouait la carte française mais Heux le soupçonnait depuis longtemps d’entretenir des rapports avec la rébellion. En outre il savait que les hommes de la willaya 4 cherchaient par son intermédiaire à nouer des contacts avec les autorités françaises. Il fallait les favoriser sans brusquer les choses. Heux vint trouver le cheikh et après avoir suffisamment tourné autour du pot pour que la politesse orientale fût sauve, il amena la conversation sur la guerre, sur les chances de paix qu’on laissait échapper.

<< Par exemple, dit-il au vieil homme, toi qui es la sagesse même, tu devrais conseiller aux hommes du maquis ... >

<< Mais je ne les connais pas, coupa Ie cadi indigné, je n’en ai jamais vu >

Heux I’apaisa :

<< Bien sûr, mais cela pourrait t’arriver. Tu es très connu. Ta sagesse est de bon conseil, alors les hommes du djebel voudront peut-être en profiter. D’ailleurs tu ne serais pas le seul à Médéa à avoir des contacts avec le F.L.N. Il y a tant de colons européens qui payent régulièrement pour ne pas voir leurs récoltes détruites ! >

Le vieux cadi souriait dans sa barbe. Heux poursuivit :

<< Eh bien, s’ils te demandaient conseil, rappelle-leur que le général de Gaulle a proposé la Paix des Braves. Que son offre a toujours été rejetée par le G.P.R.A. Bien sûr, pour eux c’est facile. Ils sont bien à l’abri dans leurs palaces et leurs somptueuses villas. Mais les maquisards, eux, pourraient y penser. On les sait courageux, de Gaulle lui-même l’a dit, c’est pourquoi il ne leur demande pas de se rendre, loin de là, mais de faire la paix avec lui. Parle-leur. >

C’était assez pour une première fois mais Heux revint plusieurs fois à la charge.

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