Témoignage : Le 23 mars et suivants, Bab el Oued, Docteur Jean-Claude THIODET
À partir de là, c’est une autre histoire.
Il y a des manques, voire des erreurs, dans ce rapport totalement personnel.
.- Il faudrait savoir en particulier dans quelles circonstances des coups de feu ont été échangés entre les commandos et les appelés du contingent le 23 au matin.
Il semble que quatre à six jeunes militaires aient été tués ou blessés, mais à quel endroit exact cela s’est-il passé ? Combien y a-t-il eu de victimes civiles et des forces de l’ordre d’une part, et de commandos d’autre part ?
On parle de cet arabe qui a été abattu sur son char à bancs, ainsi que son cheval, du coté des trois horloges. Qui l’a vu ? Par qui aurait - il été abattu, et pourquoi ? ce fait n’a jamais été vérifié.
Je souhaiterais que divers témoins utilisent cette trame, dans laquelle se trouvent certainement des erreurs, et encore plus de lacunes, la corrigent , la complètent, afin qu’il en sorte, à la fin, un récit cohérent et aussi exact que possible.
Naturellement, en dehors de ces quelques lignes, je dispose de nombreux documents, articles de presse algérienne et métropolitaine de l’époque (le Figaro, le Monde et autres) et quelques témoignages mais confus et souvent hors sujet, la plupart ne portant que sur le 26 mars, suite logique immédiate et indiscutable du "coup de BAB EL OUED ".
L’ensemble est-il le résultat d’une vaste manipulation, ou d’une erreur d’appréciation et de tactique des chefs de l’OAS et plus particulièrement de Raoul SALAN qui ne soupçonnait peut être pas jusqu’où le pouvoir était décidé à aller pour nous écraser et nous imposer sa volonté d’en finir avec nous " PAR TOUS LES MOYENS "
Quelles conclusions faut- il tirer de tout cela ?
Les 7 jours qui se sont écoulés du 19 au 26 Mars 1962 sonnent le glas de l’Algérie Française dont la condamnation à mort date, elle, de bien longtemps, comme nous l’apprend Jean-Claude PEREZ.
Le 19 Mars, après la promulgation des accords d’Evian, le général SALAN demande à J.C. PEREZ d ’intensifier l’action de l’OAS dans le sens suivant : agir auprès de l’armée pour la rallier à la cause de l’OAS.
Dans tous les cas de refus, désarmer les militaires récalcitrants, et les laisser libres. C’est dans cet esprit que l’opération de Bab el Oued est décidée.
Très rapidement, les choses tournent mal.
Des éléments qui semblent ne pas faire partie des Deltas de BEO attaquent un petit convoi militaire dans le quartier de la rue Savorgnan de Brazza, des coups de feu sont tirés et des militaires sont tués.
À partir de là, le coup est raté.
Qui a télécommandé cette escarmouche qui va permettre au pouvoir de déclencher la répression qui va suivre, puis le piège de la rue d’Isly tel qu’il a été décrit magistralement par Francine DESSAIGNE ?
Il y a certainement beaucoup plus à dire sur ces trois jours de l’affaire de Bab el oued, mais malgré mon action par la voie de la revue l’Algérianiste, et les lettres que j’ai écrites aux autres témoins dont j’ai pu retrouver l’adresse, je ne suis pas parvenu à réunir les témoignages que j’espérais pour étayer et recouper mes souvenirs, qui datent aujourd’hui de 38 ans.
Jean-Claude Thiodet
Note :
Après le rapatriement, le docteur Goëo Brissonière a terminé sa carrière et sa vie dans des conditions matérielles plus que précaires, obligé, à un âge avancé de recréer un cabinet médical à Nice et de grimper les étages pour se rendre au chevet de sa rare clientèle. Les avantages de la retraite de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) lui étaient refusés sous des prétextes ignoblement fallacieux !! Mais cela est, encore, une autre histoire !!
Voici quelques réactions qui ont été manifestées à la suite de la mise en ligne par Bernard Venis du texte qui précède, mais sont à mon avis seulement anecdotiques :
Je cite :
J’ai lu le témoignage concernant le 23 mars 62 à Bab el Oued, il y a de petites erreurs de lieux.
En fait le camion, Ford Cargo, des militaires a été stoppé exactement entre la place Desaix et la rue Vasco de Gama, devant l’usine Bastos dans la rue Christophe Colomb. Lorsque je suis arrivé sur les lieux, la fusillade venait juste de cesser et j’ai aidé à descendre les soldats tués et blessés. Ce n’était pas beau à voir et cela me désolait car il n’y avait pas longtemps que j’avais été libéré, après plus d’un an de djebel en grande Kabylie. Nous les avons allongés sur le trottoir et certains ont récupéré leur armement.
Auparavant il y avait eu plusieurs patrouilles à pieds de désarmées et laissées libres– Le cinéma Plaza est un peu plus haut dans l’Avenue Général Verneau.
– Selon les témoignage, le commando OAS n’était pas un "Delta" (aux ordres de Degueldre) mais un Alpha (aux ordres d’Achard) et les plus nombreux à BeO contrairement à une idée reçue (Le docteur Jean Claude Perez pourrait en dire plus là-dessus en tant que chef hiérarchique des deux).
– Dans l’après-midi les avions T6 ont mitraillé et aussi tiré des roquettes sur les immeubles.
– Dans la nuit l’armée a investi le quartier et le lendemain matin vers 11 onze heures un escadron blindé de la gendarmerie mobile, stationné rue Mizon, se croyant menacé, a ouvert le feu pendant près d’une demi heure sur les façades des immeubles avec ses mitrailleuses de 30’ (7,62) et de 50’ (12,7).
– Henri Robinot-Bertrand à propos du témoignage sur la journée du 23 mars 62 à BEO : je confirme la rectification apportée par Henri-robert Bertrand concernant le lieu de la fusillade. Ce matin-là, j’allais descendre les escaliers de la rue Christophe Colomb avec une de mes amies, quand la fusillade a éclaté au bas des escaliers. Le camion militaire était bien devant l’usine Bastos mais plus vers le haut de la rue que vers la place Desaix.
J’avais 15 ans et j’ai rebroussé chemin pour courir jusque chez moi (plus pour longtemps car je suis partie en France le 28 mars). Amitiés Marie-Paule
le livre de Jean MONNERET : La phase finale de la guerre d’Algérie. (l’Harmattan)Extrait du livre de Jean MONNERET
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