Partie 4 : Visite nocturne à l’Elysée ...
Le 18 juin à Médéa eut lieu la dernière réunion franco-algérienne de l’affaire Si Salah. Seul Lakhdar s’y présenta au côté de son chef. Ni Si Mohamed ni Halim ni Abdelhatif n’y assistèrent. Si Salah confirma son désir de se rendre en Kabylie pour y rencontrer Mohand Ou El Hadj.
<< Avant notre visite à l’Elysée, confia Si Salah, j’ai déjà reçu un accord de
principe. Il m’a écrit une lettre qui nous laisse beaucoup d’espoir. Je suis
Kabyle comme lui, j’en fais mon affaire. >
De leur côté le colonel Jaquin et le capitaine Lêger qui tenaient le fils de Mohand ou El Hadj, avaient fait écrire par ce dernier une lettre expliquant au vieux chef de la willaya 3 que dans l’Algérois le calme revenait, qu’il n’y avait plus de combat, que la Paix des Braves recevait un bon accueil. Bref un véritable travail de sape que le voyage de Si Salah compléterait à coup sûr.
Le chef de la willaya 4 paraissait très optimiste. Il ne semblait pas du tout penser que de Gaulle dans son discours prononcé quatre jours plus tôt avait trahi leurs accords. ( Bien mieux Si Salah quittera l’Algérois en direction de la Kabylie le 21 juin alors que la veille le G.P.R.A. a accepté de venir discuter à Melun des modalités du voyage à paris de Fehrat Abbas.)
<< J ’ai besoin d’être déposé à quelques Kilomètres de Tizi-ouzou, expliqua Si Salah. un agent de liaison me mènera alors à Mohand Ou El Hadj. >
Le chef de la willaya kabyle se terrait dans le massif de l’Akfadou.
Il faudrait quelques jours à Si Salah pour gagner sa retraite.
Jaquin promit un hélicoptère pour le 2l juin. Si Salah précisa que les contacts avec les willayas 5 et 6 s’établiraient parallèlement.
<< Et avec les willayas de Constantine et des Aurès ? interrogea Mathon.>
<< Cela se fera à partir de la 3, répondit si Lakhdar. Il faut procéder par ordre.>
Le 18 juin au soir tout était réglé. Les "Français" assuraient le transport de Si Salah à Tizi-ouzou et lui garantissaient l’arrêt des combats dans les zones qu’il traverserait.
En outre le colonel Jaquin lui donna le nom de deux postes français ainsi qu’un mot de passe.
<< Avec ce mot, expliqua le colonel, le chef de poste vous accueillera, quel
que soit le résultat de vos conversations avec Mohand ou El Hadj, et me
préviendra. On vous fera récupérer en hélicoptère et déposer où vous
voudrez dans l’Algérois.>
Cette fois les dés étaient jetés. Si Salah et Si Lakhdar saluèrent chaleureusement les émissaires français qui leur souhaitèrent bonne
chance.
Quelque temps plus tard "on" racontera au général Challe à Fontainebleau que Bernard Tricot aurait dit à Si Salah :
<< Prenez garde à ne pas gêner la politique du général de Gaulle par des négociations latérales.>
Réflexion qui bien sûr viendra encore étayer la thèse "militaire" déjà exposée.
Quoi qu’il en soit, le 21 juin Si Salah quitta l’Algérois pour ouvrir en Kabylie la première de ces fameuses "négociations latérales" sans se soucier le moins du monde de la "mise en garde" de l’envoyé de l’Elysée .
( Pour autant qu’elle ait été prononcée. Mais l’auteur est résolu à exposer ici les thèses de chacun des partis sans lesquels la suite de cette histoire tragique serait inintelligible ou franchement partisane. Note de Y. Courrière)
Pour les émissaires français la longue et angoissante attente commençait.
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