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L’insurrection du 13 mai 1958

, par  Danièle LOPEZ , popularité : 6%

« La crise actuelle montre que les partis politiques sont profondément divisés sur la question algérienne. La presse laisse penser que l’abandon de l’Algérie serait envisagé par le processus diplomatique qui commenceraient par des négociations en vue d’un cessez-le-feu.

« Je me permets de vous rappeler mon entretien avec M. Pleven au cours duquel j’ai indiqué de façon formelle que les seules clauses d’un cessez-le-feu ne pouvaient être que celles-ci : (citation)

- la France confirmant son appel au cessez-le-feu, invite les rebelles en Algérie à remettre au plus tôt leurs armes et leur garantit avec une large amnistie, leur retour au sein de la communauté franco-musulmane rénovée.

« L’armée est troublée par le sentiment de sa responsabilité à l’égard des hommes qui combattent et risquent un sacrifice inutile, si la représentation nationale n’est pas décidée à maintenir l’ Algérie française comme le préambule de la loi cadre le stipule
et à l’égard de la population française de l’intérieur
qui se sent abandonnée et des français musulmans qui chaque jour plus nombreux ont redonné leur confiance à la France, confiants de nos promesses réitérées de ne jamais l’abandonner.

« L’ armée française, d’une façon unanime, sentirait comme un outrage l’abandon, de ce patrimoine national. On ne saurait préjuger sa réaction de désespoir.

« Je vous demande de bien vouloir appeler l’attention du président de la République sur notre angoisse, que seul un gouvernement fermement décidé à maintenir notre drapeau en Algérie peut effacer. »

Nous sommes le 9 mai 1958 et c’est ce jour que choisit le FLN pour faire un communiqué publié à Tunis annonçant l’exécution des trois militaires français faits prisonniers dans l’embuscade de Sakiet.

Salan et les chefs militaires, décident de se rendre le 13 mai au monument aux morts pour déposer une gerbe en hommage aux trois suppliciés et en souvenir des morts de Diên Biên Phu.

Éclatent alors les manifestations du 13 mai qui dégénèrent très vite lorsque Lagaillarde entraine les algérois à l’assaut du bâtiment du GG.

 « coup d’Etat du 13 mai 1958 », diront certains, « soulèvement » de la population auquel l’armée n’a pas riposté , pour d’autres, un fait est certain, l’insurrection du 13 mai 1958 a vu l’armée française s’associer à la foule des manifestants sur qui elle se refuse de tirer.

Le commandant en chef en Algérie est un homme intègre, un homme d’honneur. Mais il est dépassé par ces évènements qu’il ne contrôle plus. En fait, il ne se doute à aucun moment de la machination ourdie qui va éclater au grand jour et dans laquelle il va être piégé.

L’affaire du bazooka est un premier indice que l’on a peut-être volontairement écarté, en tous cas minimisé.

Pourquoi a-t-on voulu éliminer Salan ? On peut penser que, trop intègre, il n’aurait pas cautionné un coup d’ État. Kovacs, le tireur s’est sauvé le jour-même de son procès et il n’a peut-être même pas été recherché. Ses révélations risquaient-elles de déranger certains hommes politiques très connus ? A ce sujet, Michel Debré qui a été maintes fois cité comme le commanditaire de cet attentat, n’a jamais démenti non plus.

Or, le climat qui régnait en Algérie était propice à un soulèvement.
Si un coup d’ État était envisagé, il ne pouvait venir que d’Algérie.

Ce qui expliquerait pourquoi, pendant toutes ces années, nous avons entendu dire : « Ce sont les pieds-noirs qui ont fait revenir de Gaulle au pouvoir. »

Nous savons avec certitude que Salan, n’a pas fomenté ce coup d’ État. Si ce n’est toi ….

La question qui restera peut-être à jamais sans réponse est celle du complot car nous n’avons jamais eu la preuve matérielle qu’il s’était agi d’un complot de De Gaulle et ses troupes pour reprendre le pouvoir en France.

Cependant rien ne nous empêche d’essayer de comprendre .

Lorsque De Gaulle écrit dans ses « Mémoires » :

« en mai 1958, retiré à la Boisserie, éloigné depuis longtemps de la politique, ignorant tout de « quelques ambitieux abusant de mon nom …. »

Il ment ! De Gaulle n’est pas du tout éloigné de la politique et il n’ignore rien de ce qui se trame !

D’abord,

 Un homme éloigné de politique ne passe pas 12 ans de sa vie, à rédiger « sa » constitution qu’il espère bien voir adoptée quand il sera à la tête de la nation.

 Mais, et surtout, il ne passe pas tous ses mercredis, depuis qu’il a claqué la porte en 1946, à recevoir dans son bureau de la rue de Solférino à Paris, tous les acteurs de la vie politique du pays pour se tenir informé.

Et de fait, il est très informé de la situation de la France et surtout des évènements d’Algérie.

Son fidèle et intime ami, Gaston Palewski entretient des relations étroites avec Ahmed Boumendjel, membre du FLN, que le journaliste Arthur Rosenberg lui a présenté dans l’espoir de voir une issue au conflit algérien.

Toutes les deux ou trois semaines, raconte le journaliste, ces deux hommes se rencontrent puis, à l’issue de leur rendez-vous, rédigent leur rapport qu’ils remettent : à Olivier Guichard pour Palewski et à Ferhat Abbas pour Boumendjel.


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