Ce que pense la France socialiste de l’Algérie en Mai 1956
Après la "journée des tomates" que pense la France de l’Algérie ?
En plein mandat de Guy MOLLET, président du conseil des ministres socialistes, les français se posent des questions sur l’Algérie et son éventuel devenir.
Pour la bonne compréhension du sous titre , je cite :"Confronté, lors d’une visite à Alger, à l’hostilité violente (jets de légumes , cris, menaces de mort explicites) de la population d’origine européenne le 6 février 1956 (appelée journée des tomates), puis à l’impossibilité de réunir une majorité parlementaire sur une ligne libérale en Algérie, il s’engage dans une politique répressive et refuse toute solution négociée avant la conclusion d’un cessez-le-feu ; il double en six mois les effectifs militaires déployés sur place.
L’ association pour la libre entreprise éditera ce petit fascicule qui, cinquante ans après, nous laisse rêveurs.
Le problème algérien est celui qui inquiète le plus les Français, qui leur tient le plus au cœur.
Dans tous les milieux, des millions de personnes sont directement intéressées par l’évolution des relations entre la Métropole et l’Algérie.
Chacun s’interroge. Quels avantages représente l’Algérie pour la Métropole, et, réciproquement, la Métropole pour l’Algérie ? Avons-nous des intérêts à conserver notre position en Algérie ? Comment doit-on envisager l’avenir ?
A ce sujet, les opinions les plus diverses et les plus contradictoires sont émises dans tous les milieux .
Chacun sait bien qu’il entre dans ces discussions une part de sentiments. Ce n’est pas à nous d’aborder le problème algérien sous cet angle.
Essayons, au contraire, d’examiner sans passion le bilan de l’Algérie.
Voici les faits concernant plus particulièrement son aspect économique et qui permettront d’éclairer l’opinion et de prendre une plus juste mesure de notre présence en Algérie.
Comment se présente aujourd’hui la situation en Algérie
L’Algérie a une population de 9 millions et demi d’habitants dont .1 million d’Européens.
Grande comme 35 départements français, elle est peuplée comme 20, mais riche comme 5 départements.
La première raison, c’est que les ressources naturelles de l’Algérie sont assez médiocres.
L’AGRICULTURE ET LES RESSOURCES DU SOUS-SOL
En Algérie, où 4 personnes sur 5 vivent de l’agriculture, la surface cultivable ne représente que le dixième du territoire — au lieu de 88 % en France métropolitaine — et encore, chaque jour, l’érosion fait perdre 100 hectares de bonnes terres. En outre, les récoltes dépendent du régime des pluies qui sont rares et capricieuses.
Seules les petites plaines du Littoral — qui n’ont que quelques kilomètres de profondeur — où l’on cultive les primeurs, les agrumes ou la vigne, forment des îlots de prospérité. Le reste est pauvre.
Les rendements en céréales sont de 6 à 7 quintaux à l’hectare. Ce n’est qu’une moyenne : dans les exploitations européennes, les rendements sont dans l’ensemble doubles de ceux des exploitations musulmanes où la routine et le fatalisme des gens conduit à l’utilisation de techniques rudimentaires, au maintien d’institutions dépassées, comme le khamessat, c’est-à-dire métayage au cinquième.
Dans la seconde partie de cette étude, nous reprendrons cette question plus en détail.
En ce qui concerne le sous-sol une prospection régulière commencée depuis longtemps n’a découvert — à part deux ou trois exceptions — que des gisements miniers peu importants ou mal situés. Leur exploitation est en général trop onéreuse et le traitement des minerais est considérablement gêné par l’insuffisance de charbon, d’énergie et par le coût des transports.
L’INDUSTRIE
Les industries de transformation, en dehors de quelques usines de produits alimentaires et malgré les multiples encouragements officiels, ne trouvent pas encore sur place de débouchés suffisants et n’arrivent pas à des prix de revient capables de soutenir la concurrence.
Le coût élevé de l’énergie, la longueur et les difficultés de transports intérieurs, le défaut de matières premières font, qu’en dix ans, 160 usines de petite ou moyenne importance ont été construites en Algérie et même ce début d’expansion est aujourd’hui arrêté. Certaines usines ont même dû fermer leurs portes. La plupart des autres travaillent bien au-dessous de leur capacité.
Un chiffre particulièrement significatif : la consommation en électricité de l’Algérie toute entière atteint à peine celle de l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing dans un cercle de 10 kilomètres de diamètre.
Cependant, l’industrie algérienne qui emploie seulement 7% de la population active, fournit le quart des revenus du pays. Il est donc certain que dans l’avenir, aucune amélioration durable de la situation en Algérie ne sera possible sans une industrialisation intensive.
La médiocrité des ressources naturelles se complique d’un deuxième problème, le plus important pour l’Algérie, c’est..,
L’EXTRAORDINAIRE AUGMENTATION DE SA POPULATION
Grâce à la lutte menée par la France contre les épidémies et contre la mortalité infantile, la population algérienne a doublé depuis 1900.
Chaque année, il naît en Algérie plus de 380 000 enfants, c’est-à-dire, en proportion, davantage qu’aux Indes, au Japon ou en Chine !
Avec le même taux de fécondité, la France aurait 2 millions de naissances par an au lieu de 800 000.
Compte tenu des décès, la population algérienne s’accroît actuellement de 250 000 personnes par an, autant que la France métropolitaine toute entière. Si bien que, chaque jour, l’Algérie a près de 700 nouvelles bouches à nourrir.
D’ici vingt ans, la population de l’Algérie aura augmenté de moitié et s’élèvera à 15 millions d’habitants. Or, certaines régions de Kabylie ont déjà des densités comparables à celle de la Hollande.
Ce rythme d’accroissement est la source de difficultés considérables.
LE NIVEAU DE VIE
On comprend, en particulier, que le niveau de vie soit bas dans une région qui doit faire face à de pareils problèmes et qui dispose de richesses si limitées : les ressources peuvent difficilement être développées au rythme des besoins.
Le revenu moyen par habitant c’est-à-dire par consommateur (hommes, femmes, enfants, vieillards) est en Algérie de 54 000 francs par an, soit à peine le quart de celui de la Métropole.
Mais pour mieux juger de cet état de choses, il faut préciser :
— Que ce revenu qui nous paraît si faible, était celui dont disposait le Français aux environs des années 1800. C’est également le revenu actuel du Brésilien, du Libanais ou du Turc.
— Que le revenu moyen par habitant est de 40 000 francs en Égypte, 25 000 francs aux Indes, 14 000 francs en Arabie Séoudite et de moins de 50 000 francs en Sicile ou en Italie du Sud.
— Que sur la dizaine de millions d’habitants en Algérie, environ 2 millions (dont 1 million de musulmans) principalement dans les villes, disposent d’un revenu comparable au revenu métropolitain.
Dans l’industrie notamment, les salaires sont très peu inférieurs à ceux de la Métropole. En revanche, dans les campagnes, le revenu moyen des familles de « fellahs » est de l’ordre de 20 000 francs par an et par personne, soit environ 100 000 francs par travailleur.
Il est donc certain que les conditions de vie en Algérie sont loin d’être satisfaisantes.
Comme elle fait partie de la France, celle-ci est souvent mise en cause. Nous sommes tous tenus pour responsables de tout ce qui ne va pas de l’autre côté de la Méditerranée.
Voir en ligne : la journée des tomates
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