Partie 4 : Visite nocturne à l’Elysée ...

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Le général de Gaulle se tenait debout derrière son bureau. L’instant était solennel. D’un geste large il désigna à ses hôtes les trois fauteuils.

Si Salah prit place au centre, Lakhdar à sa droite. Si Mohamed à sa gauche.

<< Messieurs, dit le général de Gaulle, asseyez-vous je vous prie.>

Les trois chefs de la willaya raidis, tendus, saluèrent militairement puis s’assirent. Le général de Gaulle tout comme le colonel Mathon était en civil. Il sortit ses lunettes de la poche poitrine de son veston gris foncé puis se mit à jouer avec.

<< Messieurs, dit-il, je voudrais avant que nous commencions cette
discussion situer à nouveau ma position qui est celle de Ia France.>

En un monologue d’une dizaine de minutes il résuma les termes de l’accord établi à Médéa. Il promettait aux djounoud qui déposeraient leurs armes dans des endroits fixés en accord avec eux la reconnaissance de leur statut de combattant, la possibilité de regagner sans encombre leurs villages ou de s’engager dans l’armée française, ou encore d’entrer dans des centres de promotion en attendant le référendum d’autodétermination. Le Général insista sur la dignité qui devait être reconnue par tous aux hommes du djebel.

<< L’Algérie, ajouta-t-il, doit se bâtir avec le concours de tous. >

C’était au tour des Algériens de parler. Si Salah et Si Lakhdar, parfois Si Mohamed, exposèrent leurs points de vue. Ils étaient prêts à cesser des combats "qui se traînaient et ne menaient à rien".

Ils acceptaient l’autodétermination ainsi que les conditions fixées. Si Salah insista particulièrement sur le souci qu’ils avaient de ne pas traiter pour leur compte personnel, de ne pas se désolidariser de leurs frères.

<< Il faut que le plus grand nombre possible de wiliayas cessent le combat en
même temps que nous, précisa-t-il.>

<< Oui, intervint Lakhdar, et pour cela il nous faut pouvoir convaincre leurs
chefs. Il faut qu’un cessez-le-feu partiel nous permette de nous déplacer.>

De Gaulle très attentif les rassura sur ce point.>

<< Vous aurez ce cessez-le-feu durant tous vos déplacements que nous
faciliterons au mieux. >

On en arriva au G.P.R.A. Le Général annonça qu’il allait à nouveau faire appel dans une allocution radio-télévisée à l’organisation extérieure et intérieure.

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Les trois hommes n’exprimèrent aucune surprise.

<< De notre côté, réaffirma Si Salah, nous mènerons nos contacts avec les
willayas voisines. Si le G.P.R.A. répond à vos offres de paix vous
n’entendrez plus parler de nous. S’il les rejette nous poursuivrons nos
entretiens- avec cette fois les représentants des willayas qui partagent
notre point de vue. Ensemble nous essayerons de mettre sur pied un
cessez-le-feu séparé à partir des conditions que nous venons d’établir. >

L’entretien était terminé. Le Général se leva, imité par ses visiteurs.

<< Messieurs, leur dit-il, je ne sais si nous nous reverrons. Je l’espère.
J’espère aussi que je pourrai alors vous serrer la main. Vous comprendrez
que je ne puisse le faire aujourd’hui car nous restons, pour l’instant, des
adversaires. Mais si je ne vous serre la main, messieurs, je vous salue. >

(Propos rapportés par I’un des assistants à R. Tournoux qui les cite dans son Histoire secrète (Plon).)

Les trois chefs F.L.N. paraissaient très émus. Ils saluèrent à nouveau militairement et, flanqués de leurs "anges gardiens" Tricot et Mathon, ils gagnèrent la porte du bureau.

Immobile, debout derrière sa table de travail, de Gaulle les regarda sortir.
La rencontre la plus secrète de la Guerre d’Algérie venait de se terminer.

Pour la première et la dernière fois le Général avait parlé face à face avec ces ennemis insaisissables dont la révolte avait provoqué la crise la plus grave qui ait ébranlé la France depuis quinze ans.

Pour la première fois aussi, depuis le 1" novembre 1954, une solution était en vue. La Paix se profilait à l’horizon des mechtas.

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