Mémoires d’un Paysan Bas-Breton ... (suite) Les farouches montagnards de Kabylie

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Cependant nos deux capitaines, et le commandant de l’escadron, s’étaient réunis le matin même pour se concerter sur les moyens de défense. Auprès de nous, il y avait une vieille maison, il fut décidé que nous entrerions la nuit dans celle là.

La compagnie du 66e resterait dans une espèce de redoute à l’autre extrémité du fort. Les chasseurs resteraient au fort mais prêts à venir porter secours sur les points les plus menacés. Nous travaillâmes toute la journée à fortifier notre maison, dans laquelle nous n’entrâmes qu’à la nuit.

Mais depuis longtemps, nous voyions les Kabyles se réunir dans le ravin en face de nous.
La nuit serait rude sans doute, car ces Kabyles voyant malgré les promesses des Marabouts, que Mahomet ne venait pas à leur secours, étaient résolus de se battre en désespérés, sachant qu’ils n’avaient aucune grâce à espérer une fois pris.

Nous aussi nous étions résolus, s’il fallait mourir là, de vendre chèrement notre vie.

Là, nous n’avions pas à craindre qu’il y eût des fuyards comme la première nuit. D’abord le capitaine avait désigné d’avance son poste de combat à chacun. Il nous avait placé, nous les vieux durs à cuire aux deux issues, autant pour en défendre l’entrée aux assaillants que pour empêcher la fuite des peureux. Comme la première fois, ce fut seulement vers minuit que ces assaillants arrivèrent en poussant des cris de bêtes féroces.

Aux deux bouts de la maison, nous avions construits deux espèces de bastions en grosses pierres, desquelles nous pouvions tirer sur eux tant de face que de flanc. Sous nos décharges, ils reculaient par moments, mais revenaient encore.

Du fort, des chasseurs nous criaient : "Courage les enfants, nous sommes là, n’ayez pas peur."

Il y en avait cependant parmi nous qui avaient rudement peur, à tel point qu’ils n’avaient pas le courage de charger leur fusil. Il y en avait plusieurs sans doute qui avaient déjà fait leur testament ; ce que nous avions le plus à craindre, c’est qu’au moyen de pieux et de grosses pierres, ils seraient parvenus, ces Kabyles, à renverser les murs de notre maison.
Ils avaient pensé à cela sans doute et essayèrent même, mais en vain.

Puis, enfin, l’aurore point, et comme tous les fauves, nos assaillants disparurent avec la nuit.

N’importe, ils nous firent passer encore une terrible nuit. Le commandant des chasseurs
vint nous voir de bon matin. Il nous félicita et serra la main du capitaine. Nous n’avions eu aucun mal. Ceux qui avaient tremblé toute la nuit paraissaient les plus gais maintenant.

Heureux retour des choses de ce monde. Mais leur gaieté ne fut de longue durée.

Vers huit heures du matin, voilà que les Kabyles se rassemblent encore toujours au même point. On voyait leur masse grossir à vue d’œil, des burnous blancs et sales semblaient sortir de terre, les cavaliers se détachaient de la masse et venaient nous narguer à cent mètres en nous envoyant quelques projectiles en arrivant.

N’ayant pu réussir la nuit, ils avaient pensé peut-être que le jour leur serait plus favorable.
Mahomet dormait sans doute quand ils l’appelèrent à minuit. La plupart des camarades dormant dans la maison du capitaine sont montés au fort avec le commandant des chasseurs, qui était aussi en ce moment notre commandant.

Mon vieux camarade et moi, nous étions assis devant la maison, causant et contemplant le spectacle que nous avions devant les yeux, et cherchant aussi à voir dans quelle direction pouvait être allée la colonne dont le chef, le général Desveaux devait avoir un plan pour cerner ces Kabyles quelque part.

Embêtés par ces cavaliers qui venaient presque sous nos nez nous narguer et nous envoyer quelques projectiles en passant, nous allâmes prendre nos fusils et nos cartouches pour répondre à ces insolents. D’autres venaient après nous, et nous voilà partis ainsi, au commandement, en tirailleurs, marchant vers le ravin de l’autre côté ; ceux du 66e faisaient comme nous.

(Brusque rupture dans le texte de JM Deguignet à la fin du cahier n’ 8.
Le cahier n°9 s’ouvre sur des digressions, notamment la guerre de Crimée)

D’Alger à Vera Cruz

À la fin de cette campagne de la Kabylie, notre régiment devait rentrer en France reposer sur ses lauriers, repos bien mérité, disait-on. Mais, pendant qu’il se préparait à rentrer dans la métropole, vint un ordre pressé de Paris de chercher des volontaires dans toute l’armée d’Afrique, parmi les aguerris, les vieux durs à cuire, pour aller au Mexique où les affaires commençaient déjà à tourner mal pour les Français. .../... >>

En ces temps là, mon bon Monsieur ... on ne chaumait pas sous l’uniforme ! (NdR)

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[3Napoleon III

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