La véritable motivation du 13 mai 1958
La nuit est en train de tomber sur le forum d’Alger. Mon vieux camarade Sigüenza est à mes côtés. Je l’entends dire :"Nous sommes lésés... avec un B majuscule."
Les gaullistes qui sont présents, ignorent évidemment les intentions du général De Gaulle.
Quelques jours plus tard Soustelle arrive.
Il veut imposer le gaullisme en Algérie.
Inconscience ? Crime ? Pourquoi s’interroger ? Parce que Soustelle est parfaitement informé des projets véritables du général De Gaulle.
Mon camarade et frère d’armes Serge Jourdes m’a rappelé quelque chose, il y a quelques années :
"Quelques heures avant l’arrivée de son mari, madame Soustelle converse avec monsieur Weckel, le grand patron de l’EGA, pour lui déclarer que si les Algérois étaient informés de la teneur des propos confiés par le général De Gaulle à Soustelle sur le sort de l’Algérie, ils lui réserveraient certainement un autre accueil."
L’opération est déclenchée.
De Gaulle entreprend l’assassinat de l’Algérie française aux cris de :
"Je vous ai compris... Des Français à part entière... Vive l’Algérie française..."
Quand on évoque le 13 mai 1958 il faut éviter les termes de "promesses bafouées", de "parjure".
C’est uniquement pour se débarrasser de l’Algérie française qu’il vient de prendre le pouvoir. Mais pour conduire sa mission à bonne fil il lui faut encore manoeuvrer.
Ces cris d’encouragement étaient les seuls qu’il pouvait pousser, compte tenu de l’ambiance locale et de l’état d’esprit national.
Bourguiba, le FLN et lui- même ont réussi cependant à contrôler le torrent Algérie française pour le transformer en rivière rampante et soumise.
A Paris, dans un bureau feutré de la DST, existe un dossier.
Bourré de dynamite.
C’est le dossier de la collusion De Gaulle-FLN établie depuis 1956.
Le dossier des contacts secrets que le général De Gaulle entretient avec les rebelles depuis cette date.
Le dossier de la conjuration contre la France.
Des influences extrêmement lourdes ont interdit que l’on sorte l’affaire sur le plan juridique.
Pour ces fonctionnaires, il est parfaitement établi que l’avènement de De Gaulle sera le résultat d’une manoeuvre montée par le FLN avec l’appui de Bourguiba.
Manoeuvre payée tout d’abord par la mort des quatorze soldats français massacrés dans l’embuscade du 11 janvier 1958.
Massacre complété trois mois plus tard par l’assassinat de Richomme, Decourtreix et Feuillebois, exécutés le 30 avril 1958.
Ont participé à cette conjuration contre la France des personnalités en renom, Gaston Palewski,
ambassadeur de France au Vatican et Olivier Guichard.
Le grand patron de la DST n’y tient plus.
Il veut intervenir et faire échouer la conjuration. Il dispose de relations privilégiées dans les milieux des services secrets français.
Il fait expédier à Alger deux officiers parachutistes, anciens SAS auprès du général Massu.
Ils l’informent des intentions réelles de De Gaulle. Ils lui proposent une procédure... de neutralisation définitive...
Tout cela m’a été confié en 1974, dans une maison d’Argenteuil, par le commandant Botella, ancien combattant SAS lui-même et ancien compagnon d’armes des deux émissaires envoyés auprès de Massu.
Celui-ci ne veut rien entendre.
C’est en toute connaissance de cause qu’il s’est soumis à De Gaulle. Il joua lui aussi la comédie de l’Algérie française.
Avant d’être l’élu des Français, De Gaulle fut l’élu du FLN.
C’est le FLN qui le propulsa au pouvoir, grâce à l’assassinat des trois soldats français le 30 avril 1958.
Voilà la signification réelle du 13 mai 1958.
Docteur Jean-Claude PEREZ
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